Interview exclusif d’une scaphandrière professionnelle en intérim chez LIP

Prenez une grande respiration et plongez avec nous dans le parcours de Sophie Remuzat, scaphandrière fraîchement diplômée qui a décidé de quitter le monde des aéroports pour rejoindre le milieu sous-marin dans lequel elle évolue depuis ses 12 ans par passion. Pour la première fois chez LIP, nous comptons parmi nos intérimaires une scaphandrière professionnelle et cela mérite bien un article, non ?! Bonne lecture !

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Sophie Remuzat, j’ai 38 ans, je suis célibataire et je n’ai pas d’enfant. Je suis née à Aubagne mais j’ai grandi à Madagascar jusqu’à mes 11 ans. Mon père a été muté au Cameroun donc je suis parti avec lui et à mes 15 ans, je suis revenue en France pour poursuivre ma scolarité au lycée.

J’ai obtenu un BTS tourisme, vente et production touristique et j’ai travaillé pendant 9 ans en tant qu’agent d’escale dans différents aéroports à Paris, Marseille et à La Réunion. J’étais chargée de l’enregistrement des bagages, de l’embarquement et débarquement des passagers.

Comment vous est venue l’idée de devenir scaphandrière ?

Je plonge pour le plaisir depuis que j’ai 12 ans, j’ai mes niveaux de plongée donc l’eau est vraiment mon élément. Quand j’ai voulu opérer une reconversion professionnelle, je me suis dit qu’il fallait absolument que je trouve un métier qui se pratique dans l’eau.

En 2018, j’ai obtenu un DU environnement marin et j’ai travaillé pendant deux ans en tant que plongeuse professionnelle au Parc Naturel Marin de Mayotte. Les missions étaient intéressantes mais je me suis rendu compte que je n’étais pas suffisamment dans l’eau alors j’ai repris ma réflexion.

Dans la vie, il y a deux choses que j’aime : l’eau donc et aussi le bricolage. A tel point que j’envisage de construire moi-même ma maison ! Mes recherches m’ont mené au métier de scaphandrier et pour moi, c’est le bon compris entre la nature, la technicité et mon souhait de travailler dans l’eau.

Vous connaissiez des scaphandriers professionnels avant de plonger ?

Non, en tout cas personne qui ne faisait du TP en tant que scaphandrier. J’ai eu la chance de rencontrer Marion Moriceau qui exerce ce métier depuis des années et qui a fait l’objet de plusieurs interviews dans différents médias. Le hasard veut que nous soyons toutes les deux membres de l’association Women for Sea. A l’occasion d’un événement organisé par l’asso, nous avons échangé longuement et cela m’a conforté dans mon choix de carrière.

Quelle formation avez-vous suivie pour devenir scaphandrière ?

Je me suis inscrite au sein de l’école nationale des scaphandriers à Fréjus pour obtenir mon titre professionnel de scaph’ TP. Pour être plus précise, je possède un Certificat d’Aptitude à l’Hyperbarie (CAH) Mention A classe II. Grâce à ce certificat, je peux plonger jusqu’à 50 mètres de profondeur pour y effectuer des travaux de réparation, de maintenance ou de construction propre aux secteurs des travaux publics, du gros œuvre et de la soudure. Au cours de ma formation, j’ai effectué un stage de cinq semaines dans une entreprise ce qui m’a permis d’apprendre le métier et de mettre en application mes compétences.

Depuis quand exercez-vous ce métier atypique ?

Je suis toute jeune dans la profession ! J’ai décroché mon titre professionnel le 04 novembre 2022, donc c’est ma toute première mission d’intérim en tant que scaphandrière. Actuellement, je suis à Strasbourg afin de réaliser des travaux dans le Rhin. Mes tâches consistent à percer des trous dans un barrage, placer des obturateurs dans des canalisations sous-marines ou installer des batardeaux. Les conditions commencent à être difficiles, l’eau du Rhin est à 8 ou 9° seulement et ma combinaison n’est pas vraiment adaptée pour ces températures. Quand je sors de l’eau au bout de 2h50 en immersion, je suis contente de retrouver la chaleur de la surface !

Que pouvez-vous nous dire sur votre équipement de plongeuse scaphandrière ?

Il existe différents types de combinaisons. Certaines sont adaptées à des eaux chaudes tandis que d’autres sont faites pour les eaux froides. Sous la combinaison étanche, nous portons des sous-vêtements thermiques pour être au maximum au chaud.

Bien que je sois habituée à plonger avec masque et bouteille, être plongeur scaphandrier c’est une autre histoire. Avec le casque qui pèse entre 7 et 15 kg, nous n’avons pas la même liberté de mouvement dans l’eau ni la même visibilité. Au début, j’ai eu du mal à respirer mais à force on s’habitue.

Enfin, il faut savoir que nous sommes constamment en contact avec une personne à la surface grâce à un système de câble raccordé à notre casque, le narguilé. Tout au long de la plongée, je peux parler normalement et j’entends clairement mes collègues. Voilà quelques informations 😊

Qu’est-ce qui vous plaît tant dans votre métier de scaphandrière ?

J’ai l’impression que dans ce milieu, on est d’abord scaphandrier avant d’être un homme ou une femme et c’est vraiment agréable. A l’inverse, dans le monde maritime, nous ne sommes pas toujours considérés de la même manière.

C’est vrai que j’ai choisi un métier et un univers exclusivement masculins donc j’ai décidé d’afficher la couleur dès que j’arrive sur un chantier. Oui, j’ai moins de puissance qu’un homme mais cela ne m’empêche pas de travailler autant et aussi bien que mes collègues masculins. Mes collègues comprennent et j’ai la chance d’être écoutée.

Pour le moment, le métier de scaphandrier répond à toutes mes attentes. C’est un métier technique et mon côté bricoleuse est pleinement satisfait.

J’aime bouger et découvrir de nouveaux endroits et en tant que “scaph’”, je suis amenée à travailler en rivière, dans la mer ou l’océan mais aussi dans des stations d’épuration ou autres entreprises ayant des bassins. Je peux voyager tout en faisant un métier qui me passionne, dans l’univers aquatique qui me correspond parfaitement.

Y-a-t-il des chantiers sur lesquels vous aimeriez intervenir ?

Je me tiens au courant des projets et j’ai récemment postulé pour intervenir sur la nouvelle route du littoral à La Réunion. Si écologiquement le projet est très discutable, cela reste un véritable ouvrage d’art et travailler sur ce chantier doit être super intéressant.

En y réfléchissant, tout m’attire finalement. Je suis plutôt du genre à me dire que dans la vie, il faut tout essayer alors si des opportunités intéressantes s’offrent à moi, je n’hésiterais pas à les saisir. Par exemple, j’ai très envie de travailler en station d’épuration. Cela peut paraître bizarre mais les scaphandriers travaillent dans le noir complet. En dehors de la vue, tous les autres sens sont en éveil et je suis curieuse de ressentir ces sensations particulières.

En revanche, l’offshore ne m’attire pas plus que ça (travailler sur les plateformes pétrolières en mer, ndlr). Pour moi, sur ce type de mission, on est des robots sous l’eau, on fait exactement ce que le chef d’équipe nous dit de faire sans pouvoir apporter notre savoir-faire.

J’aime les chantiers dans lesquels on a des questionnements et des échanges. Quand chacun y met un peu de son expérience, de ses connaissances, c’est stimulant intellectuellement et techniquement. Mais encore une fois, si j’ai l’opportunité de partir en mission offshore, j’y réfléchirais sérieusement !

Quel rapport avez-vous au danger que représente votre métier ?

J’ai conscience des dangers du milieu marin étant donné que je plonge depuis longtemps. J’ai pris l’habitude de profiter du moment où on m’équipe pour me recentrer sur moi-même, me refaire le fil de l’intervention. J’en profite aussi pour observer l’environnement qui m’entoure. C’est une phase de concentration qui me permet de penser aux dangers potentiels et d’être à 100%.

Au cours de la formation, on nous apprend les réflexes à avoir pour éviter les dangers ou les pallier si jamais on y est confronté. Je me souviens qu’un formateur nous a dit qu’en plongée, on peut avoir jusqu’à 3 inconnues maximum. La première, c’est qu’on ne sait jamais vraiment ce qu’il y a au fond de l’eau. La seconde, c’est qu’on n’a pas toujours conscience des autres plongeurs qui sont autour de nous. Et s’il y en a une troisième, elle est souvent liée au matériel et dans ce cas, il faut reporter la plongée, c’est trop dangereux. Si on n’est pas sûr du fonctionnement de tel ou tel outil, alors on reste en surface et on teste jusqu’à ce qu’on soit certain que c’est tout bon.

Envisagez-vous de faire carrière en tant que scaphandrière ?

C’est un métier qui n’est pas évident et dans lequel beaucoup abandonnent au bout d’un à cinq ans d’exercice. Moi, j’aimerais bien être plongeuse scaphandrière pendant plus de cinq ans afin d’acquérir de l’expérience, notamment dans les travaux publics sous-marins. Dans l’idéal, j’aimerais combiner mes missions de TP avec des missions plus scientifiques et environnementales. Pour moi, ce serait le graal !

Que pensent vos proches de votre métier de scaphandrier ?

Je ne pense pas qu’ils aient peur. Dans ma famille, on a déjà tous plus ou moins plongé donc on connaît le milieu et les risques. Mon père a mis du temps à comprendre ce que j’allais faire jusqu’au jour où il m’a dit “En fait, tu vas faire du BTP sous l’eau, non ?”. Quant à ma mère, elle est à fond ! Dès qu’elle voit un plongeur scaphandrier dans un film, dès qu’elle entend quelque chose en lien avec le métier, elle s’y intéresse beaucoup.

J’ai la chance d’avoir un entourage très bienveillant. Pour eux, le plus important c’est que je sois heureuse et épanouie dans ma vie. Ils savent que je ne suis pas une tête brûlée, que je ne vais pas prendre de risques inconsidérés dans le cadre de mes missions. Mais il est vrai que quand je leur raconte mes plongées, ils me disent souvent que je suis folle (rires).

Comment avez-vous connu l’agence d’intérim à Aubagne ?

J’ai vu une offre d’emploi de scaphandrier passer sur LinkedIn avant que je n’obtienne mon titre professionnel. J’ai contacté Guillaume, le responsable de cette activité chez LIP, et nous avons échangé d’abord par téléphone puis je l’ai rencontré dans son agence d’intérim à Aubagne. Je lui ai expliqué mon parcours et mon projet. Quand j’ai décroché mon titre pro, l’entreprise dans laquelle j’étais en stage m’a proposé de m’embaucher en intérim donc j’ai appelé Guillaume pour mettre en place le contrat et voilà !

En habitant à Aubagne, cette agence d’intérim spécialisée dans le recrutement de scaphandriers était exactement ce qu’il me fallait pour débuter dans le métier en tant qu’intérimaire. Guillaume est un ancien scaphandrier en reconversion, on parle le même langage et on se comprend. C’est un métier que je découvre donc avoir l’expertise de Guillaume est un vrai plus pour moi.

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